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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 13:37
Philippe Vic, urbaniste à la Ville d'Echirolles, a fait la semaine dernière sur le site Internet d'Alpes Solidaires une critique intéressante de "Grenoble 2030" qui a entrainé quelques réactions http://www.alpesolidaires.org/grenoble-2030-quelle-ville-voulons-nous. Nous avons décidé de publier cet échange...

Le texte de l'article présentant le film "Grenoble 2030 - quelle ville voulons nous ?" est particulièrement orienté et pose, me semble-t-il, assez mal le problème au contraire du film.
En effet, viser particulièrement la ville de grenoble me semble plutôt injustifié, alors que c'est là et au coeur des communes de l'agglomération, que l'on peut particulièrement développer la densité (ou intensité) urbaine, la mixité des fonctions, le développement et l'usage des transports en commun...
C'est bien le développement des communes périphériques et rurales qui posent le principal problème de déplacements, la localisation peu maitrisée des activités, et notamment aussi la demande individuelle des citoyens qui vont plus loin, pour plus de verdure, de tranquilité, avoir son petit chez soi individuel, à moins cher et peut être aussi avec moins de mixité (voir la localisation de certains taux de votes extrèmes...).

 

Par ailleurs,dire aujourd'hui que "Grenoble et son agglomération sont des modèles de ce qu'il ne faut pas faire en terme d'urbanisme" est un peu anachronique ! car contrairement à d'autres villes comme Toulouse, Rennes ou d'autres, l'agglomération grenobloise est quand même beaucoup moins étalée et a su développer des TC assez efficaces... La questions est plutôt de savoir que faire maintenant à partir de l'existant.

 

Parler de "nombreux pics de pollution tout au long de l'année" sans relier cela à la situation géographique particulière de la cuvette grenobloise - et donc aggravante en terme de pollution, comme à Strasbourg, n'est pas bien "professionnel".

 

Le SCOT affiche effectivement "des bonnes intentions", et c'est bien son objectif (et c'est mieux que de prendre de mauvaises orientations !)... reste ensuite aux communes - et donc aux élus et à leur population - de le mettre en pratique en terme règlementaire dans leurs PLU et projets en permettant de construire plus, mieux et de façon plus mixte, le long des axes de transports existants ou à venir... en interdisant la réalisation facile et pas cher de places de stationnement gratuites, en acceptant de construire plus haut pour dégager des espaces paysagers au sol...

Car enfin si les agglomérations construisent, c'est bien pour répondre aux besoins de logements et d'activités des habitants... si on veut que plus de gens habitent en ville et moins loin, il faut donc encore urbaniser la cuvette grenobloise (donc quoi dire par rapport à votre terme "d'hyper urbanisation"...).

 

Alors peut être faut-il décroitre, déconstruire, moins travailler et moins produire... mais pour cela il faut que les citoyens consomment moins, demandent moins de logements, moins de loisirs, se déplacent moins ou autrement... effectivement une question de démocratie... et je crains que ceux ci ne soient pas (encore ?) majoritaires...
et que d'autres sujets soient (encore ?) plus prioritaires : la précarité, la qualité de vie dans les quartiers "pauvres", l'égalité, la solidarité, le partage des richesses (mais pour en faire quoi ? plus consommer ?)...

Il me semble en conclusion, que pour convaincre une majorité des citoyens, notamment les plus en difficulté au niveau social et financier, il conviendrait d'être moins caricatural et plus pédagogique en insistant sur les choix individuels, les pratiques et engagements de chacun... car si l'on met en avant la démocratie, ce genre de "vrais choix politiques" doivent bien être portés par une majorité de citoyen, alors les politiques publiques seront bien obligées de suivre !

 

philippe vic - urbaniste - habitant grenoble

 

 

 

Monsieur Vic,

 

J'ai vu le film, il est agréable à regarder et avec un sujet aussi grave, on ne s'ennuie pas,  on rêve d'un autre monde.  Bien sûr, le titre pourrait être mieux choisi, mais il ne faut pas confondre le titre d'un film qui se doit d'étre court et accrocheur  et le titre d'une thèse de doctorat qui résume l'hypothèse....  Ce film est manifestement construit pour nourrir le débat, je ne pense pas que les auteurs aient eu l'intention d'inviter  à un colloque scientifique, le sous-titre laisse toute sa place au rêve et à l'utopie....

 

Vous dites:

"Car enfin si les agglomérations construisent, c'est bien pour répondre aux besoins de logements et d'activités des habitants... si on veut que plus de gens habitent en ville et moins loin, il faut donc encore urbaniser la cuvette grenobloise (donc quoi dire par rapport à votre terme "d'hyper urbanisation"...).

Grenoble, et son agglomération sont contraintes à  une expansion limitée, est-il utile d'attirer dans cette étroite vallée toujours plus d'habitants en voulant faire de Grenoble un pôle de compétitivité mondial sur les nanotechnologies ? Le développement techno-scientifique est souvent posé comme une urgence (“si nous ne le faisons pas vite les japonais et les chinois le feront à notre place“). La véritable urgence est plutôt d’examiner les conditions et les moyens de ce développement, de produire et d’expérimenter des formes alternatives de gestion de cette activité qui ne fait qu'aggraver l'asphyxie de la vallée.

 

Les questions soulevées par le développement des nanotechnologies posent à la fois des question du mode de développement de notre société et du devenir de l’humanité, des questions de sécurité pour les travailleurs et les populations et enfin de démocratie tout court, qui décide et pour qui !

Maintenant s’exprime avec force des doutes croissants sur la contribution au bien commun d’un développement technologique totalement orienté sur une logique de compétitivité, sur un discours de promesse flou et peu convaincant, une absence de transparence des décisions, un caractère ambigu de la participation dans des contextes où les décisions sont déjà posées…

 

Anonyme

 

   

Quelques précisions sur Grenoble 2030

 

M. Vic,

 

Merci de l'intérêt que vous portez à notre travail et pour la critique que vous lui adressez. Sachez que je partage avec vous de nombreux points de vues ou interrogations. En revanche, si nous faisons souvent les mêmes constats, nous sommes visiblement en désaccord sur plusieurs points et c'est pourquoi je me permets de vous répondre.

 

Tout d'abord nous ne séparons pas Grenoble et sa région; au contraire, nous tentons d'envisager les choses le plus largement possible en essayant d'inclure dans notre réflexion les massifs de montagne. Par ailleurs, je ne trouve pas anachronique de penser que le projet de Rocade Nord soit le contraire de ce qu'il faut faire à l'heure où de nombreux groupes de réflexion songent déjà à l'après pétrole dans les villes. Même si la Commission d’enquête a rendu récemment un avis défavorable à l’utilité publique du projet de Rocade Nord, celui-ci n'est pas officiellement remis en question. De mon point de vue, il n'est donc pas gênant de prendre clairement position contre cette vision de l'urbanisme.

 

A travers ce film, nous posons justement la question de savoir ce qu'il faut faire à partir de l'existant mais en jugeant bon de rappeler que le type d'urbanisme qui a façonné la ville telle qu'elle est aujourd'hui est basé notamment sur l'utilisation du pétrole abondant et pas cher et sur la généralisation de la voiture individuelle, le tout dans le cadre d'un modèle économique prédateur et insoutenable. La voiture occupe aujourd'hui un espace considérable et l'utilisation abusive de ressources fossiles comme le pétrole entraine des conséquences dont tous les habitants font les frais. On sait au moins que ce modèle là ne fonctionne plus ou alors qu'il faut accepter d'en payer le prix. Du reste, quitte à ne pas apparaitre comme professionnels, plutôt que de relier seulement les pics de pollution et la pollution quotidienne à la configuration géographique de la cuvette grenobloise, nous préférons la relier directement à l'usage intensif des transports et de l'activité industrielle. Car enfin, si cette ville est polluée, ce n'est tout de même pas de la faute des montagnes !  

 

Nous ne mettons pas en doute les bonnes intentions réelles du ScoT - nous appelons d'ailleurs à ce que les citoyens se saisissent autant que possible de sa définition. Nous nous demandons en revanche s'il est possible de concilier le « confortement du modèle économique de la région urbaine grenobloise »(1) et la préservation de l'environnement. Nous sommes heureux de constater que les préoccupations environnementales soient enfin reconnues comme incontournables (des associations comme la nôtre se battent pour cela depuis des années) et sommes satisfaits que les urbanistes soient enfin d'accord avec nous sur ce point. Notre crainte c'est que ces exigences ne soient comprises qu'à travers une vision du monde un peu datée alors que la situation appelle une vraie rupture. Nous alertons par conséquent les professionnels et les citoyens sur la nécessité d'une politique vraiment écologique, c'est-à-dire débarrassée de l'obsession de la croissance et du développement (fût-il durable) et du toujours plus. Dans le Guide Pratique du schéma directeur au SCoT 2010, Marc Baïetto parle de : «  (...) projets fédérateurs comme le dossier de candidature aux Jeux Olympiques d'hiver (...) »(2). Je rappelle que cette candidature a fait l'objet de vives contestations à Grenoble et qu'il n'est pas fédérateur pour tout le monde. Si ce genre de projet est rendu compatible avec le « développement durable des territoires »(3) alors nous ne sommes pas sur le chemin d'une rupture mais bien dans la continuité de ce qui a été fait jusqu'à maintenant. Par ailleurs, le film de la RUG « vers quel ScoT? »(4) pose clairement que les nanotechnologies sont le moteur économique de la région. Quand on connait les conditions dans lesquelles cette industrie a été imposée (c'est-à-dire sans demander l'avis de la population), les enjeux sanitaires et sociaux de ce qui est présenté comme la base de l'activité économique dans notre région, nous sommes en droit de nous interroger sur les intentions et sur les conditions d'application du ScoT et nous sommes en droit également de nous demander si le projet du ScoT est débarrassé des illusions autour des solutions techno-scientistes destinées à résoudre nos problèmes.

 

Sur le logement comme sur d'autres thèmes, nous n'avons pas la prétention de détenir toutes les réponses. A t-on pris soin de définir ensemble quels étaient les besoins réels de logement (leur taille, leur configuration, leur caractère économe en consommation d'énergie, etc.) ? Faut-il continuer à saturer la ville sous prétexte qu'il faut loger toujours plus de monde tandis que les campagnes se vident ? Ne pourrait-on pas envisager des politiques incitatives qui participeraient à un redéploiement de la population sur l'espace rural tout en favorisant la relocalisation des activités ? Bien sûr qu'il faut loger les gens en imaginant une autre façon de densifier la ville mais faut-il pour autant continuer d'attirer dans cette vallée toujours plus d'habitants pour nourrir un modèle économique ?


L'hyper-urbanisation désigne une certaine logique qui fait que Grenoble et sa région se transforment en un univers minéral et aseptisé, coupé de la nature et des besoins des habitants. Tandis que le ScoT parle de l'extension des trames vertes et bleues et de la place de l'agriculture - sans préciser s'il s'agit de monoculture intensive ou bien d'agriculture biologique et respectueuse du vivant - se profile un projet de Center Parc dans les Chambarans, ce qui apparaît plutôt contradictoire. Le film insiste par exemple sur le fait qu'un projet de carrière sur la commune de Tencin menace encore l'espace agricole alors que la demande en produits sains et locaux ne cesse de croitre et que plus de 80 % de ce qui est consommé vient encore de l'extérieur. C'est bien qu'une certaine logique est encore à l'œuvre dans cette agglomération et je ne suis pas convaincu de la nécessité de pousser toujours plus en avant dans ce sens.

 

Il ne s'agit pas de faire la même chose en moins, ce que Paul Ariès explique fort bien dans le film. Il s'agit moins de décroitre que de libérer notre imaginaire colonisé par le tout économique. Et la question serait plutôt de savoir comment inventer d'autres usages, comment faire autrement et mieux avec beaucoup moins et de poser les bases d'une ville et d'une société écologiquement et socialement responsable. Des éléments de réponses figurent dans le film à travers des témoignages comme ceux des organisateurs de la garden-pride de Grenoble par exemple, qui montrent que beaucoup d'habitants éprouvent le besoin de se ré-approprier l'espace public pour cultiver la terre. La version longue de notre film - en cours de réalisation - présentera également le témoignage du réseau des villes en transition, groupes de citoyens qui essayent partout dans le monde d'imaginer la ville dans un contexte de raréfaction du pétrole. Nous parlerons aussi de l'habitat groupé, de la voiture partagée, etc.

 

Je refuse de penser que la crise sociale soit prioritaire par rapport à la crise écologique. Je crois au contraire que les deux sont liées et que ce qui est en jeux c'est la crise de notre modèle économique prédateur. Pour sortir du capitalisme et du productivisme qui exploitent les ressources et accroissent les inégalités, nous nous intéressons d'ailleurs dans la version longue du film à l'alternative que constitue l'Economie Sociale et Solidaire et à la réflexion en cours au sein des Amis de la Terre autour de la définition d'une « société soutenable ».

 

Enfin, pour ce qui concerne la meilleure façon de faire évoluer les mentalités, sachez que notre film a été projeté plusieurs fois, que le public est varié et qu'il réagit souvent de manière positive. Nous sommes tout sauf des experts et sommes ouverts à la critique. Nous vous proposons d'ailleurs d'enrichir notre travail de votre vision de l'urbanisme en organisant une interview. Cela pourrait être l'occasion pour vous d'approfondir vos critiques et pourquoi pas de nous éclairer sur le futur projet GIANT, sur le développement de la vidéo-surveillance à Grenoble ou sur l'utilité des pistes cyclables à contre-sens des rues, autant de questions que peuvent se poser les habitants de la ville que nous sommes au même titre que vous.

 

Cordialement,

 

Stéphane Bonnet
Amis de la Terre Isère

(1)(2)(3) http://www.scot-region-grenoble.org/images/stories/Documents/guide_pratique.pdf
(4) http://www.scot-region-grenoble.org/index.php?option=com_content&view=article&id=47&Itemid=91

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Publié par ATIsère
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