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16 avril 2018 1 16 /04 /avril /2018 13:46

Réaction des Amis de la Terre Isère suite à l'avis de la commission d’enquête sur l'A480

 

Les Amis de la Terre cherchent à analyser le bien-fondé, ou pas, des projets d'infrastructure qui auront un impact sur l’environnement, notre santé, le climat et l'économie. Nous avons une vision globale et à long-terme. Le moment est venu pour prendre un peu de hauteur et un peu de recul en regardant objectivement ce qu'on nous propose avec ce projet d'élargissement et d’aménagement de l'A480.

 

1er constat. Ce projet est clairement inspiré d'un modèle de la deuxième moitié du 20ème siècle : nous n'avons pas assez de voirie pour absorber le volume de circulation actuelle, donc nous devons augmenter la surface de voirie disponible. Cette façon de raisonner a été largement discréditée : tout le monde est désormais d'accord sur le fait que la voiture a pris trop de place sur notre territoire, qu’il faut améliorer la qualité de l'air, libérer la France de ses importations massives de pétrole et créer un nouveau système de transport à la fois moderne et efficace. Par contre, parce que la voiture individuelle est devenue le mode de transport dominant, nous avons du mal à changer nos habitudes.

 

2ème constat. Les problèmes de circulation peuvent être résolus avec d'autres solutions, plutôt que d'étaler toujours plus de bitume. Les bouchons sur l'agglomération se concentrent les matins et les soirs. Sur le fond, le problème n'est pas le nombre de voitures qui circulent dans notre agglomération, mais plutôt le fait que tout le monde est sur la route au même moment, pendant les heures de pointe. Le projet d'aménagement proposé coûtera au moins 380 millions d'euros, un montant très élevé, autour de mille euros par habitant de l'Agglomération. Avec, en plus, au moins cinq années de travaux et ses bouchons interminables.

Les acteurs économiques, publics et privés, ne pourraient-ils pas plutôt accompagner un changement de rythme dans les entreprises et les administrations ? Est-ce que tous les administrateurs dans la fonction publique doivent arriver au travail au même temps ? Ne serait-il pas envisageable de permettre aux salaries de travailler depuis la maison de temps en temps ? Ou de décaler leurs horaires ? Les études de mobilités ont démontré que seulement une légère baisse de circulation suffirait pour retrouver une circulation fluide. Egalement le covoiturage est loin d'être développé : nous sommes très loin derrière la majorité des pays Européens dans la mise en place des alternatives à la voiture.

 

3ème constat. Le déplacement au quotidien en voiture est très mauvais pour l'économie grenobloise. La majorité des déplacements font un aller-retour entre le travail et la maison. Il n'y a aucune plus-value dans l'usage de la voiture dans ces cas. Déplacer des milliers d'objets qui pèsent plus d’une tonne, qui restent au parking la journée, prêts pour faire le retour le soir est un contre sens.

Evidemment les artisans ont besoin de leurs véhicules pour transporter leur matériel, évidemment les magasins ont besoin de se faire livrer. Il faudra libérer l'espace sur les routes pour ces activités productives. Mais il est également évident qu'un professeur ou un banquier n'a pas besoin d'amener une voiture sur son lieu de travail pour bien effectuer son travail. En plus le fardeau de la voiture pèse très lourdement sur les foyers. Des millions d'euros partent en fumé chaque année, d'argent dépensé pour importer du pétrole, plutôt que de servir l'économie locale. Cette hémorragie de notre richesse est clairement constatée par les économistes, mais les défenseurs de notre économie locale ne semblent pas être au courant.

 

4ème constat. L'Etat, d'une façon très opaque, a cédé le contrôle de l'A480 à la société autoroutière AREA. AREA s'est dit prête à mettre 300 million d'Euros dans l'aménagement de l'autoroute. AREA n'est pas une organisation caritative, elle va vouloir récupérer son investissement avec, en plus, du profit. Evidement elle va chercher cet argent dans les poches des Grenoblois, l'installation d'un péage semble plus que probable. Donc les pouvoirs publics ont permis la prise en otage des automobilistes en privatisant l'autoroute principale de l'agglomération, tout en oubliant d'investir suffisamment dans les alternatives à la voiture.

 

5ème constat. En matière de transport en milieu urbain, a-t-on vraiment tiré les leçons de la concurrence entre voiries urbaines et lignes de tramway ? Souvenons-nous : un lobby présentait la réalisation de la Rocade Nord de Grenoble comme la solution miracle à tous les problèmes de transports de l’agglomération grenobloise. Heureusement ce projet n’a pas abouti, et la ligne C de tramway a, pour un coût très inférieur, réduit la circulation routière en ville et amélioré la qualité de vie des riverains des Grands Boulevards. Le fait que les prix de l’immobilier ont augmenté fortement le long de la ligne de tramway démontre l’attractivité des transports en commun. Il est peu probable que l’élargissement de l’A480 provoquera une flambée des prix de l’immobilier le long de cette autoroute urbaine.

 

Conclusion :

Ce système toute voiture est le système que nous avons poussé depuis un siècle. On ne réfléchissait pas trop aux impacts sur la santé, que ça soit en termes de pollutions ou de conséquences de l’inactivité physique. 500.000 morts sur les routes depuis 1945 sont à déplorer. L'épuisement du pétrole est pour demain, il faut se préparer dès aujourd'hui. Le changement climatique est une réalité, mais il semble qu'il reste aux manettes des gens encore nostalgiques des trente glorieuses, époque où le gaspillage d'énergie ne posait pas de problème. Par contre la voiture individuelle arrivera inévitablement à sa fin. La question est : voulons-nous voir cette réalité d'en face ? Et si oui, quand allons-nous arrêter de dépenser des millions pour prolonger un système qui n'a pas d'avenir. Nous ne pouvons pas dépenser notre argent deux fois. En choisissant d'investir dans le bitume, les décideurs publics ferment la porte aux options moins polluantes et plus efficaces Pourquoi pas s'inspirer des pays qui ont déjà, avec beaucoup de succès, lancé un changement de système ? Nous devons mettre chaque euro dans les alternatives pour développer un système de transport du 21ème siècle.

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